Délégationde l’Aisne

Témoignage d’une maman dont le fils est en prison

Témoignage d'une maman dont le fils est en prison

J’ai été prévenue par la gendarmerie que mon fils s’était fait arrêter. Sans travail, il a fait de grosses bêtises pour avoir de l’argent. Parfois, il venait dormir ici, donc il y a eu perquisition chez moi. Après, ils sont allés chez sa copine pour la même chose. Ça m’est tombé dessus, je l’ai très mal vécu.

[Certains dans] le voisinage disaient : "il l’a cherché, il l’a mérité, il n’avait qu’à ne pas faire de bêtises". D’autres ont dit : "On critique pas, ça peut arriver aux nôtres". Il y a eu les deux réactions. Je me suis sentie jugée par certaines personnes. Par des personnes proches, des amis. Mais il y a eu les deux réactions ; personne n’a coupé le lien complètement.

Après l’incarcération, j’ai appelé pour leur demander si on pouvait lui apporter des habits. Je savais comment ça se passe, car mon premier fils avait été incarcéré. Ils m’ont bien renseignée sur les papiers et ils m’ont tout expliqué. Le CCAS [Centre communal d’action sociale] m’a fait les photocopies pour le dossier.

Aller le visiter au parloir, ça a été très dur. Je suis claustrophobe, suite à un malaise fait au parloir quand mon premier fils avait été incarcéré. Alors c’est ma fille qui a fait sa demande, mais comme elle n’a pas dix-huit ans, il fallait qu’elle soit accompagnée d’un majeur. C’est pour ça que j’ai fait ma demande. On a été le voir au bout de quatre mois ; ça a été dur d’avoir les papiers. Mais je savais que si je n’y allais pas, personne n’irait. Sa copine n’a pu y aller que sept mois après l’incarcération, car ils n’avaient pas de déclaration de concubinage et ils ne sont pas mariés. Je regrette, le parloir, c’est trop court. Une demi-heure. Je passe plus de temps sur la route. Il peut demander deux parloirs prolongés, mais il y a tellement de demandes… On arrive, on passe nos cartes et on passe au détecteur. On attend, ils nous donnent un numéro. Après le parloir, ils fouillent les détenus. On doit attendre aussi avant de sortir que la fouille soit finie. On attend souvent un quart d’heure avant et un quart d’heure après.

J’espère que mon fils ne sera pas transféré. Je ne pourrais plus aller le voir, je [ne] pourrais pas faire la route. On peut aller au parloir deux fois par semaine, mais ça fait des frais. C’est le transport. J’y vais une fois par mois, c’est suffisant pour moi.

Il y a des gardiens qui sont sympas, mais d’autres non.

J’ai appelé une fois la prison pour prévenir mon fils que je devais entrer à l’hôpital pour des examens. Mais il fallait un certificat médical. Il n’a pas été prévenu. On ne peut pas appeler pour avoir des nouvelles. S’il veut appeler ou faire des machines à laver, c’est très très cher. On ne peut rien envoyer, que de l’argent. À Noël, on ne peut apporter que deux fois un kilo et demi de colis. Aujourd’hui ça a un peu changé. C’est fouillé. Il a fallu que je déballe tout, même les chocolats qui étaient dans un bel emballage

Il y a beaucoup d’enfants au parloir. La copine de mon fils n’y emmène pas leur enfant, elle lui a dit que son papa est parti chez "sa mèmère". Le petit fait des comédies pour ne pas aller à l’école. Il a des difficultés pour parler aussi. Mon fils demande toujours des nouvelles de son fils quand je vais au parloir. Il a eu un refus de permission pour être présent pour la première rentrée de maternelle de son enfant, car il a une amende à régler. Son fils n’était pas reconnu. Il en a fait la demande en prison, mais ça ne sera possible que quand il sera sorti de prison. Au début de l’incarcération, le petit répétait tout le temps "papa, papa…".

Mon fils a eu un traitement en prison. Maintenant, il est sevré. C’est un peu dur. Il fait de la "muscu", il prend des cours de mise à niveau et de code de la route. Il va à la messe chaque dimanche alors qu’il ne le faisait jamais. Il a demandé pour faire une formation. Il devrait en avoir une à la sortie. Il voit aussi le SPIP [Service pénitentiaire d’insertion et de probation], même si ça a été long pour le voir la première fois.

Sans travail, j’ai peur qu’il ne retombe dans ses erreurs. »

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